Le pigeon de Nicobar, l’une des plus belles espèces de pigeons, est aussi une espèce quasi menacée.
Sa beauté en fait un animal exotique recherché. Nous abordons ici cette question sous trois angles :
- la légalité de la détention
- l’éthique de la détention
- le commerce des pigeons de Nicobar

Le commerce des pigeons de Nicobar est-il légal ?
Le pigeon de Nicobar est inscrit à l’annexe I de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), qui interdit le commerce international à des fins commerciales d’oiseaux capturés dans la nature entre les pays signataires du traité CITES (opens in new tab) (presque tous les pays du monde). Les oiseaux nés en captivité peuvent encore être vendus, mais uniquement avec les permis et certificats requis.
Il serait naïf de croire que la CITES empêche tout commerce d’animaux menacés : des pigeons de Nicobar sont encore vendus et achetés comme animaux de compagnie, pas toujours légalement.
La question morale
Le problème : faut-il garder un pigeon de Nicobar comme animal de compagnie ?
Face à des animaux sauvages magnifiques, surtout ceux qui ne sont pas dangereux pour les humains, on a parfois envie de les posséder. Et il arrive que cette envie porte sur des espèces menacées.
Selon un premier argument, la détention par des particuliers contribue à la conservation : au moins, l’espèce est maintenue en vie.

Selon l’argument inverse, il s’agit d’animaux sauvages qu’il faut laisser tranquilles, et la conservation doit rester l’affaire des spécialistes.
Voyons ce qu’il en est pour le pigeon de Nicobar.
Statut : l’espèce est classée « quasi menacée » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Sa population sauvage n’a jamais été recensée de façon fiable, mais on pense qu’elle diminue. L’espèce est menacée par la perte de son habitat et par la chasse pour sa viande.
Il existe aussi un commerce de bijoux fabriqués avec les pierres du gésier du pigeon de Nicobar.
Habitat naturel : il doit son nom aux îles Nicobar, mais son aire de répartition s’étend des îles Andaman et Nicobar à la Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon, en passant par l’Asie du Sud-Est.
Ce sont toutes des îles tropicales : il faut donc se demander comment ces oiseaux supporteraient un climat tempéré.
Alimentation : le pigeon de Nicobar a un régime typique de pigeon, mais les graines, baies et noix qu’il mange proviennent de plantes tropicales.
Les oiseaux nés en captivité sont généralement nourris avec des aliments de substitution adaptés, mais tout changement d’alimentation, surtout chez un adulte, doit être progressif et idéalement suivi par un vétérinaire aviaire ou un éleveur expérimenté.
Peut-on acheter un pigeon de Nicobar ?
Des deux points de vue exposés ci-dessus, la réponse devrait être un non catégorique.
Pourtant, une simple recherche en ligne fait apparaître des annonces de pigeons de Nicobar à vendre sur certains sites.
Mais si c’est illégal, pourquoi ces ventes sont-elles proposées ouvertement ?
Le commerce illégal de pigeons de Nicobar
Il existe évidemment un commerce clandestin, pas seulement de pigeons de Nicobar, mais de tout animal considéré comme exotique. Comme dans les films, il faut être « dans la confidence » pour se procurer des animaux sauvages de cette manière.
Un animal exotique acheté sur ce que nous appellerons, pour simplifier, le marché noir a très probablement été braconné dans son milieu naturel.

Le bien-être de l’oiseau n’aura pas du tout été pris en compte, et l’acheteur devra sans doute payer un prix exorbitant.
Le point positif, c’est que le marché noir des pigeons de Nicobar est probablement limité (aucun chiffre n’est disponible), même à l’échelle mondiale.
Revenons aux annonces de pigeons de Nicobar à vendre : en quoi sont-elles « légales » ?
Le commerce légal de pigeons de Nicobar
Tout dépend de la façon dont la loi s’applique.
Il faut d’abord comprendre la position de la CITES.
La CITES est la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, et presque tous les pays du monde en ont accepté les règles.
Le mot clé est « international ». La convention encadre le passage des frontières des espèces inscrites, qu’elles soient capturées dans la nature ou nées en captivité ; elle ne régit pas à elle seule les ventes à l’intérieur d’un même pays.
Il faut ensuite comprendre l’effet de la CITES sur le commerce national.
Prenons l’exemple des États-Unis.
L’U.S. Fish and Wildlife Service est l’agence fédérale chargée d’appliquer les lois américaines sur la faune, comme l’Endangered Species Act. Au moment de la rédaction, le pigeon de Nicobar ne figure PAS sur la liste américaine des espèces menacées.
Le pigeon de Nicobar figure même dans l’avis publié par le Fish and Wildlife Service le 16 avril 2020, intitulé « List of Bird Species To Which the Migratory Bird Treaty Act Does Not Apply (opens in new tab) » (liste des espèces d’oiseaux auxquelles la loi sur les oiseaux migrateurs ne s’applique pas).
L’importation de pigeons de Nicobar et de leurs œufs est très encadrée, mais le commerce d’oiseaux nés aux États-Unis est légal.
Vous verrez que les vendeurs présentent leurs oiseaux et leurs œufs comme ayant un « certificat d’élevage en captivité ».
L’élevage en captivité consiste à faire se reproduire des animaux hors de leur milieu naturel, dans des conditions contrôlées, en élevage, en zoo ou dans d’autres installations fermées.
La certification relève de l’article VII de la CITES, chaque pays ayant ses propres démarches et exigences. Dans l’Union européenne (donc en France et en Belgique) comme au Royaume-Uni, vendre un pigeon de Nicobar ou le faire reproduire pour la vente nécessite un certificat au titre de l’article 10 (opens in new tab) (au Royaume-Uni, délivré par l’Animal and Plant Health Agency), tandis qu’aux États-Unis, les oiseaux nés en captivité sont documentés par des permis du Fish and Wildlife Service. En Suisse, renseignez-vous auprès de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV).
Si vous comptez acheter un pigeon de Nicobar, vous devez ABSOLUMENT vérifier que le vendeur possède les certificats d’élevage en captivité requis.
Si possible, visitez l’élevage ou la volière pour vérifier les conditions de vie et le bien-être des oiseaux. Sinon, cherchez des avis d’anciens clients : de nombreux forums en publient.
Vous pouvez aussi chercher si le vendeur a déjà été poursuivi pour commerce illégal d’œufs ou d’oiseaux (c’est-à-dire sans certificat).
Alors…
Nous revenons ainsi à la question éthique. L’élevage en captivité est une forme de conservation : il maintient l’espèce en vie en captivité, même si l’élevage destiné au marché des animaux de compagnie n’est pas la même chose qu’un programme de conservation encadré. Faut-il acheter et posséder un pigeon de Nicobar ? C’est une question de conscience personnelle.

Dernière mise à jour : 24 October 2026 · Types de pigeons
